DETRESSE PAYSANNE

Reportage réalisé par Karoll Petit

« A travers cette série, Karoll Petit met en avant le fléau du suicide dans le monde agricole, un système à bout de souffle. La mise en place photographique met en exergue l’absence si présente de ces femmes et ces hommes en difficulté. Une série systémique pour un problème systémique».

Cette série est encore en cours de réalisation, Karoll Petit veut montrer le nombre trop important de suicides d’agriculteurs qu’il y a en France. Aujourd’hui, la France comptabilise 702 suicides par an, soit deux par jour (cf. chiffre MSA, Mutuelle Sociale Agricole d’août 2019). 

Cette série a été publiée à plusieurs reprises (La Croix, La France Agricole, Reporterre), un extrait de la parution dans Reporterre du 10/09/2020 :

«Le monde paysan m’a toujours attiré. À mes yeux, se nourrir est l’essentiel de la vie. Sans tous nos paysans, nous ne serions pas grand chose. Je voulais photographier des fermes pour honorer leur labeur, la beauté de leur geste.
De reportage en reportage, de ferme en ferme, le mot suicide résonne. La discrétion est de rigueur, ils en parlent mais peu. Les agriculteurs sont des taiseux. J’observe la dureté du milieu. Cet univers me plaît. Des gens passionnés, vrais et simples.

Mais ces suicides me choquent, me touchent, comment en parler ? Il me vient l’idée de la chaise vide pour symboliser l’absence, j’en parle à un ami paysan qui me dit « Ouh là, c’est raide... non c’est trop dur », alors je mets ça en standby. Et puis en octobre 2018, je rencontre Patrick Maurin pendant sa marche contre le suicide (il parcourra 500 km en tout) et il me dit « Si tu veux le faire, fonce, fais-le ». Mais je ne voulais pas que des chaises vides de manière abstraite, je voulais que ce soit relier à quelque chose de concret, de réel. Et c’est là que je décide de prendre une chaise et d’aller rencontrer les familles endeuillées et photographier la chaise dans un endroit qui symbolisait le mieux le paysan disparu. J’écoute le témoignage de ces familles pour le retranscrire ensuite par écrit. Mon travail, cette aventure, est d’une richesse incroyable humainement. Alors j’ai voulu creuser encore plus et j’ai décidé de parler aussi de ceux qui ont failli passer à l’acte ou qui en ont marre de ce système. Ils sont assis sur la chaise pour dire « On est là mais on galère ».